René Thévenin

Thévenin, René

Que sait-on de René Thévenin ? Presque rien et ce n’est pas pour nous déplaire. Né en 1877, mort en 1967, ancien attaché au Museum d’Histoire Naturelle, auteur d’une poignée de récits d’aventures (dont quelques-uns conjecturaux) ainsi que d’articles et d’essais sur les mondes fabuleux ou perdus… Voilà en substance l’information disponible par les voies non-ardues.

S’y ajoute l’étrange anecdote de la répudiation : approché par les premiers fans français, au début des années cinquante, Thévenin aurait refusé toute interview et renié en bloc son œuvre « populaire », exactement comme son illustre confrère Jacques Spitz. Un esprit uchronique spéculera volontiers sur ce qu’aurait pu être le domaine français si ces deux figures tutélaires s’étaient montrées plus concilantes et avaient accepté leur rôle d’auteurs-charnières, établissant un pont solide entre l’avant et l’après-guerre.Soixante ans plus tard, le dossier Spitz est en passe d’être réglé : La Guerre des mouches, L’Homme élastique et surtout L’Œil du purgatoire sont désormais considérés comme des classiques – mais il est vrai qu’au fil des rééditions, ces textes sont toujours restés plus ou moins disponibles.

Le cas de Thévenin est plus ingrat et peut-être plus beau encore. Car hormis une réédition dans une anthologie de prestige chez Robert Laffont, en 1973, on n’a rien pu lire de lui depuis l’entre-deux-guerres. Or, il semble que Thévenin soit un peu plus que lui-même ; que non content d’avoir signé en 1911 Le Collier de l’idole de fer – un bijou archaïque dont on découvre en le lisant qu’il a littéralement servi de réservoir de scènes et d’images à Hergé et Jacobs – et, en 1929, Les Chasseurs d’hommes, grand roman surhumain qu’on dirait coécrit par J.-H. Rosny et Abraham Merritt –, il ait aussi usé du pseudonyme d’André Valérie pour Sur l’autre face du monde, authentique chef-d’œuvre de l’anticipation lointaine paru en 1935, et, deux ans plus tard, signé Martial Cendres le scénario de Futuropolis, la première vraie bande dessinée de science-fiction française, mise en image par René Pellos.

Serge Lehman